Le Rameau de
soie
Le vent s'éveille
Et d'un profond soupir
Gonfle les voiles de l'aube
La plaine ensoleillée
Agite ses vagues de blé mûr
Qui se soulèvent et s'abaissent
Comme des corps qui respirent
Voilà que mes pensées
tressaillent
De solitude et de froid
On dirait des fleurs qui se fanent
Cherchant à se revêtir
D'une grâce nouvelle
Maints coeurs amoureux
Naviguent dans leurs secrets
J'ai besoin de partir
Comme ces voyageurs
Loin des bruits et des chardons amers
Il me faut m'embarquer en cachette
Pour des rivages inexplorés
Où foisonnent
Le silence
Et la fleur d'angélique
La musique et la chaleur
De mes personnages mythiques
Et bien d'autres visages
Aux vieux parfums d'icône
Pendant ce beau voyage
Je me gorge
De racines d'étoiles
De leurs fibres vertigineuses
Et de leurs lumières
Tissées
De brillants cristaux de flûte
Qui s'émeuvent
Comme s'ils savaient aimer
Puis
Je pénètre dans mon coeur
Qui se met à gémir
D'une souffrance si belle
Qu'avec mes mains qui pleurent
Je cueille l'allégresse
Avec mes mains qui souffrent
Je berce le bonheur
Avec mes mains qui tremblent
J'effleure la bravoure
Et avec mes mains qui chantent
Je me mêle au choeur des oiseaux
À leurs trilles sublimes
Qui s'élèvent
Jusqu'au sommet
Des montagnes bleues
Et se marient avec le ciel
Là
Naissent de la nuit
Les astres délirants
Les gifles du feu
Qui baignent l'humus de nos mémoires
Et reverdissent nos forêts
De leur tendre feuillage
Quand la fraîcheur descend
Dans la pointe du jour
J'emprisonne l'aurore
Dans le creux de mes mains
Et je tiens
Sur le bout de mes doigts
Un léger rameau de soie
Sur sa tige menue
Coule encore
Un mince filet de nuit