Paroles dorées
Avril
Déjà les beaux jours,
la poussière,
Un ciel d'azur et de lumière,
Les murs enflammés, les longs soirs;
Et rien de vert : à peine encore
Un reflet rougeâtre décore
Les grands arbres aux rameaux noirs.
Ce beau temps me pèse et
m'ennuie.
Ce n'est qu'après des jours de pluie
Que doit surgir, en un tableau,
Le printemps verdissant et rose,
Comme une nymphe fraîche éclose,
Qui souriante, sort de l'eau.
Les cydalises
Où sont nos amoureuses?
Elles sont au tombeau :
Elles sont plus heureuses,
Dans un séjour plus beau!
Elles sont près des anges,
Dans le fond du ciel bleu,
Et chantent les louanges
De la mère de Dieu!
Ô blanche fiancée!
Ô jeune vierge en fleur!
Amante délaissée,
Que flétrit la douleur!
L'Éternité profonde
Souriait dans vos yeux.
Flambeaux éteints du monde,
Rallumez-vous aux cieux!
Ni bonjour, ni bonsoir
(Paraphrase d'un air grec)
Ni kalimèra, ni ôra
kali.
Le matin n'est plus! Le soir pas
encore!
Pourtant de nos yeux l'éclair a pâli.
Ni kalimèra, ni ôra
kali.
Mais le soir vermeil ressemble à
l'aurore,
Et la nuit plus tard amène l'oubli!
Dans les bois
Au printemps, l'oiseau naît
et chante;
N'avez-vous pas ouï sa voix?
Elle est pure, simple et touchante,
La voix de l'oiseau dans les bois!
L'été, l'oiseau cherche
l'oiselle;
Il aime, et n'aime qu'une fois.
Qu'il est doux, paisible et fidèle,
Le nid de l'oiseau dans les bois!
Puis quand vient l'automne brumeuse,
Il se tait avant les grands froids.
Hélas! Qu'elle doit être heureuse
La mort de l'oiseau dans les bois.
Chanson gothique
Belle épousée
J'aime tes pleurs!
C'est la rosée
Qui sied aux fleurs.
Les belles choses
N'ont qu'un printemps,
Semons de roses
Les pas du temps!
Soit brune ou blonde
Faut-il choisir?
Le Dieu du monde,
C'est le Plaisir.
Choeur d'amour
Ici l'on passe
Des jours enchantés!
L'ennui s'efface
Aux coeurs attristés
Comme la trace
Des flots agités.
Heure frivole
Et qu'il faut saisir,
Passion folle
Qui n'est qu'un désir,
Et qui s'envole
Après le plaisir!