Les chimères

 

Fantasmes

Mes chimères sont lasses
Fragiles
Mais séduisantes

Je veux vivre là-bas
Dans la poussière
Des villes blondes

Je veux griser ma nuit
Au fond des rivières profondes
Glisser loin sur la mer
Et boire son silence

Je veux dormir encore
Au flanc des collines lointaines
Et sentir à mes doigts
La tendresse du vent

Mes chimères sont lasses
Fragiles
Mais séduisantes

Je goûte la fraîcheur du soir
Et ma peau se vermeille
Aux couleurs de l'automne

Je veux vivre là-bas
Je veux griser ma nuit
Je veux dormir encore
Ivre
De mes chimères
Lasses
Fragiles
Mais séduisantes

 

Panorama d'été

Voyez
L'oiseau dormir
Souriant
Dans sa coquille bleue

Et ses larmes claires
Fragilité d'enfant

Voyez
L'abeille sur le miroir
Taire la mort douce

Et le vent
Sillonnant les vertes douleurs

Voyez-vous
Bien tendrement j'espère
Le soleil

 

Crépuscule d'automne

Le soir
Boire le cristal
Du matin qui s'éveille
Et voir la nuit
S'enfuir
Sans bruit
Comme la vie

J'écoute
Et ne respire plus

Du bout des doigts
Au delà de la branche tombée
Le printemps a vieilli ce soir

 

Petite chimère

Une frange d'eau
Rêve d'une fontaine
Et meurt au soir
Comme la voix de l'écho

L'écume émerge des flots
Grisant les rivages
Et la terre dévoile sa puissance

Une frange d'eau
Rêve d'une fontaine
Et meurt au soir
Comme la voix de l'écho

Fleur d'argent qui mire
Veinée de sang
Quand elle pleure

 

Évasion

Le voyez-vous
Là-bas
Dans la brume
Le bateau
Qui s'en va
Sur l'écume

Dans le cristal obscur
Il s'enfonce
Et lie son marbre pur
À des ronces

Au murmure du vent
Il s'endort
Où s'évaporent les eaux

Et comme un rêve
Il s'en va

 

Murmures

Mon rêve est suspendu
Aux sanglots
Qui tombent sur les fleurs

Je vois les aurores se faner
Puis s'éteindre
Comme des parfums lumineux
Et la nuit qui chancelle
Émue de sentir
La douceur de l'étreinte

Parfois
Le vent se gonfle si fort
Qu'il déchire le ciel
Et les nuages s'écroulent
Comme des cheveux impuissants

C'est la fraîcheur des sons
Qui s'envole
Et j'écoute sans me lasser
Les murmures de ma joie

 

Alain Gagnon