Chansons d'Orient
Puits de pierres
La mousse colorée couvre
au printemps les pierres;
L'ombre du paulownia descend dans le puits froid.
L'ermite solitaire, avant de puiser l'eau,
Profite du soleil dont il reste un rayon.
Sseu-k'ong Chou,
Époque Ta-li (766 779)
Excursion au mont T'ai-P'ing
Les rocs vertigineux écartèlent
le ciel;
Les arbres enlacés échancrent le soleil.
Dans les ravins ombreux périt la gloire du printemps;
Sur les sommets glacés dure la neige de l'été.
K'ong Tche-kouei
(447 501)
Les feuilles qui tombent
Au début de l'automne, que
la chute des feuilles est émouvante !
Errant à la dérive, comme le coeur de l'exilé,
Elles volent, tournoient, refusant de tomber,
D'un air de regretter leur patrie. La forêt.
K'ong Chao-ngan
(577-622 env.)
Après la pluie
Après la pluie, la mousse
a verdi dans la cour;
Le gel a couvert le logis de feuilles rouges.
Sur le calme perron, le soleil tombe oblique;
Perroquet, sois le compagnon de ma tristesse !
Han Wo
(lXe et Xe siècle)
Le vent
Le vent susure : il s'élève
une fraîcheur,
Qui purifie pour moi les bois et les vallées.
Le vent balaie la brume et m'ouvre la porte de la gorge;
Il enroule le brouillard, et fait paraître des maisons sur
les monts.
Il va et vient, mais sans laisser
de trace,
Se lève et s'apaise, comme s'il avait des sentiments.
Le soleil tombe : la montagne et les eaux se calment.
Il fait naître pour vous une voix dans les pins.
Wang Po
(647 675)
À l'horizon
Le soleil du printemps, à
l'horizon
À l'horizon, le soleil penche.
Le loriot chante, et c'est comme une larme
Qui ruisselle sur la plus haute fleur.
Li Chang-yin
(813 858)