Aquarelles, op. 8
1966
- Alain Gagnon
Instrumentation : piano seul.
Six mouvements :
Fantaisie, 1.20 minute.
Rêverie, 1.40 minute.
Caprice, 1.15 minute.
Toccatine, 2.20 minutes.
Cortège, 2.50 minutes.
Burlesque, 1.30 minute.
Danse, 1 minute.Durée totale : 11.55 minutes.
Niveau de difficulté : moyen.
Création : Désiré N'Kaoua, pianiste, Ville d'Avray, France, 1966.
Enregistrement :
Publication : Les Éditions Doberman Inc., St-Nicolas, 2002.
Fax : 1 418 836-3645
Courriel: doberman.yppan@videotron.ca
Web www.dobermaneditions.com
No de l'oeuvre : DO 405
Critique L'oeuvre d'Alain Gagnon s'intitule Aquarelles et appartient bien au XXe siècle en ceci que son point de départ est nettement debussyste et son développement peu à peu orienté vers la recherche de sonorités inouïes et de cadences imprévues; ces esquisses ( Fantaisie, Rêverie, Caprice, Ondes, Cortège, Burlesque et Danse ) furent admirablement servies par la palette de Désiré N'Kaoua. Il est vrai que l'atelier de Jaro Hilbert était tout désigné pour recevoir ces nouveaux Tableaux d'une Exposition.
Jean-Charles Rémy , Le journal de Ville d'Avray, 6 avril 1966.
Addenda Exposé sur les Aquarelles et la manière de les jouer présenté par le compositeur au Colloque annuel de l'École préparatoire de musique de l'Université Laval, Québec, le 12 octobre 2002.
Aquarelles est une suite de sept courtes pièces pour piano, portant les titres de : Fantaisie, Rêverie, Caprice, Toccatine, Cortège, Burlesque et Danse. Commencées à Québec au printemps 1965, elles furent terminées à Paris l'hiver suivant. Le 6 avril 1966 le pianiste français Désiré N'Kaoua en fit la création à Ville d'Avray, France, dans l'atelier du peintre Jaro Hilbert, alors que celui-ci exposait lui-même ses propres tableaux. Elles reçurent un accueil chaleureux de la part de la critique. « L'oeuvre d'Alain Gagnon , écrivait Jean-Charles Rémy, s'intitule Aquarelles et appartient bien au XXe siècle en ceci que son point de départ est nettement debussyste et son développement peu à peu orienté vers la recherche de sonorités inouïes et de cadences imprévues; ces esquisses (...) furent admirablement servies par la palette de Désiré N'Kaoua » (Le Journal de Ville d'Avray, 6 avril 1966). L'oeuvre que nous vous présentons aujourd'hui a été révisée par le compositeur pendant l'hiver 2002 pour ensuite être publiée aux Éditions Doberman-Yppan.
1. Fantaisie
Cette courte pièce est une sorte de rondo miniature. Une pièce que l'on joue pour le plaisir de jouer, pour le plaisir de faire sonner le piano. C'est un jeu de timbres et de couleurs où entrent en scène deux personnages symbolisés successivement par un accord et un trait mélodique (mes. 1 et 2). Ces deux individus sont en fait le même acteur présenté sous des aspects complètement différents. Tout compte fait, ce sont des variations irrégulières et très fantaisistes sur un seul motif qui ne sera jamais exposé.
Cette Fantaisie comme toutes les autres pièces de la suite est écrite dans un langage harmonique issu du système tonal. À la dernière mesure, le mi bémol de la basse vient s'affirmer comme la tonique du morceau. Ce mi bémol doit être analysé comme une fondamentale qui génère des sons harmoniques naturels dans l'aigu. Il est à noter que nous disposons généralement des sons harmoniques naturels les plus éloignés de la fondamentale, ce qui crée des tensions inhabituelles et des plus originales. Fait intéressant, la relation tonale reste toujours évidente pour l'oreille (mes.16).
Pour bien jouer cette pièce, il est indispensable que l'élève suive avec exactitude les indications de pédales et de nuances écrites dans le texte. Il devra rechercher les sonorités les plus attrayantes pour mettre en scène toute la palette de timbres et de couleurs qu'il a sous la main.
2. Rêverie
Ici, la musique est un rêve. Cette pièce, au rythme berceur de la barcarolle, est un lied de forme assez libre. Après une introduction de quatre mesures, suit un thème unique qui se développera sur lui-même tout le long du morceau (mes. 1).
Cette Rêverie doit être abordée et interprétée comme une pièce essentiellement mélodique, une mélodie accompagnée. Idéalement, l'élève devrait s'habituer à chanter intérieurement, ce qui l'aiderait à phraser son texte correctement. Les indications de pédales ne devront pas être reçues comme une difficulté insurmontable mais comme une étape essentielle et normale de son apprentissage.
3. Caprice
J'ai découvert, au fond de mes souvenirs, que ce Caprice avait été écrit peu de temps après une audition mémorable des Fantasiestüke opus 12 de Robert Schumann, et je ne saurais nier qu'il n'y a pas une certaine parenté avec le Warum de cette même suite, ce célèbre Pourquoi que tous les pianistes ont joué au moins une fois.
Une introduction de deux mesures nous plonge dans un monde d'interrogation. Construit sur une pédale de sol dièse, le seul thème de cette pièce est de forme ternaire (mes. 5 et 6). La partie centrale est une variation très libre sur la gamme par tons entiers d'un motif déjà entendu dans les premières mesures.
Cette pièce en est une de contraste. L'élève apprendra à doser avec soin la dynamique du texte, car on passe sans aucune préparation d'une nuance à une autre, d'une extrémité à l'autre, et ça, ce n'est pas un caprice.
4. Toccatine
Entièrement écrite sur un intervalle de quinte, cette Toccatine présente toutes les caractéristiques d'une étude pour les deux mains. Elle amènera l'élève à travailler l'égalité de son jeu et devra être jouée avec beaucoup d'élan et de clarté, idéalement sans pédale. C'est une pièce de virtuosité que les petites mains apprécieront grandement.
5. Cortège
L'idée d'écrire Cortège m'est venue à la suite d'une émotion ressentie lors d'une excursion dans la campagne française à l'automne 1965. Pour la première fois j'apercevais un cortège funèbre dont le corbillard était tiré par des chevaux. La vue de toutes ces gens vêtues de noir en train de défiler vers le cimetière m'impressionnait grandement.
La musique de Cortège a le ton d'une marche funèbre. La dynamique suggérée dans la partition inspire l'idée d'une procession qui apparaît dans le lointain, s'approche et passe devant nous, puis retourne dans le lointain pour disparaître à l'horizon. La pédale de ré, tonique de la pièce, inlassablement répétée à la basse, symbolise la cadence régulière des pas des marcheurs.
Cette pièce ne comporte aucun accélérando ni rallantando. La plus grande difficulté de Cortège réside donc dans le contrôle de la main gauche. Il faudra attaquer et enfoncer la note pédale avec une grande régularité et persister dans cet élan jusqu'à la fin de la pièce. L'écart entre les niveaux extrêmes de la dynamique devra être franchi progressivement. Excellent exercice de contrôle que l'élève devra effectuer avec le plus grand soin, sans quoi cette musique perdra tout son sens.
6. Burlesque
Petite pièce d'allure bizarre et excentrique, cette Burlesque est un divertissement qui a sa place ici dans le but de nous soustraire de la gravité solennelle du Cortège pour nous faire pénétrer peu à peu dans l'esprit enjoué de la Danse.
D'une forme se rapprochant de celle du rondo, elle est en réalité un développement des principaux motifs déjà entendus dans la Fantaisie et présentés de manière à ce que ceux-ci ne soient plus identifiables.
Comme pour les autres pièces, il va de soi que l'élève devra jouer le texte tel qu'il est écrit. Toutefois, il serait intéressant de lui apprendre à interpréter Burlesque avec une certaine liberté rythmique, un peu à la manière d'une improvisation. Cette petite pièce d'allure plus moderne l'amènera à explorer un monde musical plus près de lui et a apprécier toutes les subtilités d'un langage qui lui est très souvent beaucoup moins familier.
7. Danse
Écrite en forme de rondo, cette danse est une évocation de la musique folklorique brésilienne. C'est un morceau entraînant et joyeux qui permettra à l'élève de démontrer ses dons de virtuose en terminant sa prestation musicale avec brio.
Conclusion
Malgré le caractère pictural suggéré par leur titre, les Aquarelles ne font pas partie de cette catégorie de musique dite descriptive. À part la Toccatine et la Danse qui sont des pièces de forme traditionnelle ou de style populaire, ces petits tableaux sont généralement la représentation sonore d'émotions ressenties face à des événements ou des situations de la vie de tous les jours.
Les Aquarelles sont des pièces ni très faciles ni très difficiles. Jouées dans l'ordre proposé, elles peuvent se tailler une place de choix à la fin d'un récital. Quoique il est souhaitable de les jouer dans l'ordre tel que suggéré, il n'est pas inconcevable de les jouer dans un ordre différent.
Apprendre à jouer du piano, pour un enfant c'est un plaisir, parce que pour lui, c'est un jeu. Mais apprendre à jouer du piano peut devenir un devoir pour l'enfant, et il ne faudrait jamais oublier qu'au fond de lui-même, jouer du piano, c'est toujours un jeu, et que ce jeu doit demeurer un plaisir. La musique nourrit le champ de notre conscience, et l'on a beau faire, le bonheur y prend racines.
Alain Gagnon,
Compositeur
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